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Le territoire du Miey de Béarn/

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Communauté de communes du Miey de Béarn

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Les saligues du gave de Pau

mercredi 30 mai 2012, par Communauté de communes du Miey de Béarn

Capricieuse rivière aux colères torrentielles, le gave de Pau étendait autrefois ses chenaux en tresses divagantes sur une bande large de plusieurs centaines de mètres, à l’aval du gué de Pau, entre Billère, Denguin et Artix.

Modifiés par les puissantes crues de printemps ou d’automne, souvent gonflés par la fonte des neiges pyrénéennes, les bras du gave serpentaient au milieu des bancs de galets, des îles et des îlots, qui avaient à peine le temps de se couvrir d’arbustes puis d’arbres avant d’être remaniés par la puissance des flots.

Pionniers aimant l’humidité et les alluvions riches, ne craignant pas d’être bousculés par les vagues et les remous, les saules étaient les maîtres des lieux.

La saligue, vaste forêt alluviale en perpétuelle évolution, s’étendait sur toute la zone que le gave pouvait occuper, d’une crue à l’autre. Même pour les riverains, c’était un milieu mystérieux et fascinant, foisonnant et inquiétant, difficile à pénétrer, impossible à maîtriser.

Source de bois mort pour le chauffage et le petit artisanat, de sable et de galets pour la construction des maisons béarnaises, de plantes médicinales, d’oiseaux et de gibiers pour la viande ou la fourrure, la saligue était ainsi le royaume des chasseurs, des pêcheurs et… des braconniers. Celui qui osait s’y aventurer avait toute les chances d’y être bien servi, à condition de ne pas se perdre dans ce labyrinthe de chenaux et de bras morts.

Avec le développement des villes et de la mécanisation, dans les années 50 et, surtout 60 et 70, le gave a attiré les entrepreneurs à la recherche de matériaux peu chers, abondants, faciles à exploiter et «  renouvelables  » pour construire, ici une route ou un pont, là une cité ou une zone commerciale.

Curé et récuré, privé des galets qu’il aime faire rouler et chanter, le gave s’est rapidement encaissé dans un lit devenu plus étroit, méandreux, mais plus stable, plus «  sage  » diront certains.Abattue, remaniée, desséchée par l’enfoncement des nappes phréatiques, la saligue s’est transformée, a disparu et a souvent été remplacée par des aménagements et des infrastructures, par des cultures irriguées ou des plans d’eau d’anciennes gravières.

En pleine mutation, avec la prédominance croissante de nouvelles espèces d’arbres ou d’arbustes moins inféodées à la présence ou à la proximité de l’eau, sillonnée par des pistes et des sentiers, la saligue, même devenue «  sèche  », offre encore aux curieux et aux promeneurs un lieu de détente et de découverte au bord du gave assagi.

Semblant imperturbables devant ces mutations, les hérons cendrés et les aigrettes blanches continuent leur pêche patiente dans les eaux claires et fraîches de la rivière.

P.-S.